Photos - Profil - Facebook

 

Avec Facebook, vous saviez que « big brother is watching you ». Sur internet, on peut même dire que “big browser is watching you” ! Mais vous n’imaginez pas à quel point…
Je passe sur les vraies et fausses infos selon lesquelles tout ce que vous écrivez, publiez, stockez, etc. appartient jusqu’à la nuit des temps au copyright numérique de la compagnie californienne (ce qui est faux car le contenu et les informations que vous publiez sur Facebook vous appartiennent et vous pouvez contrôler la façon dont Facebook partage votre contenu ; mais si vous ne protégez pas bien votre profil, rien n’empêche en revanche quelqu’un de mal-attentionné d’utiliser vos éléments).

Je passe également sur le fait que les performances algorithmiques de son voisin Google risquent toujours de faire remonter à la surface de l’écran des moments d’égarement juvénile, quand la bise professionnelle sera venue et qu’il vous faudra affronter le regard inquisiteur du recruteur au sang-froid.
Je frémis en revanche à l’idée que certaines universités américaines financent des études pour vous expliquer doctement que votre profil Facebook peut très bien servir à votre psychiatre, psychanalyste, psychologue (rayer la mention inutile) pour faire le point sur votre santé mentale et en déduire son degré de pathologie. Les analyses faites sans avoir jamais croisé le « patient » corroborent, paraît-il, tous les diagnostics effectués de manière plus conventionnelle (vous savez : le divan, le monologue, les honoraires élevés pour-que-le-traitement-marche…).

On ne saurait donc que vous conseiller une énième fois de bien veiller à ce que vous publiez, dans un instant passager d’euphorie éphémère ou de dépression passagère, car le patron pointilleux, le recruteur au regard d’acier ou le psychologue appointé risquent fort un jour de jauger vos agapes post-victorieuses de l’équipe de France (qui, heureusement, ne sont pas nombreuses – mais justement, les fins de disette risquent toujours de libérer des énergies insoupçonnées !).

On ne saurait trop vous conseiller, également, de bien choisir la photo de votre profil. Presqu’aussi précautionneusement que celle de votre CV. Elle semble en dire plus long sur vous que de grands discours ou de grands actes. Injuste réduction de ce logo de votre personnalité.


Rebelle ou conceptuel(le) ?

A observer toutes celles qui gravitent dans la galaxie de mon propre Facebook, je classerai vos possibilités en 7 catégories « majeures » :

-    Les « rebelles » : leur photo se contente du vide silhouetté par Mr Facebook. Pas envie de rechercher une photo. Ou pas envie de la mettre. Ou pas envie de se montrer… Bref : l’anonymat comme credo. Avantage : aucun préjugé négatif ne peut émerger de ce vide. Inconvénient : on donne l’impression d’avoir quelque chose à cacher. Ou de montrer son incapacité crasse à seulement charger une simple photo sur son profil…

-    Les « classiques » : ceux-là ne se prennent pas longtemps la tête pour se bâtir une identité. Une photo de face, la même que sur le passeport, Viadeo, LinkendIn, Google +, Twitter, la carte de bus, le badge de la cantine… et le tour est joué. Avantage : gain de temps, message de pragmatisme. Ce que vous voyez de moi, ben… c’est moi. Inconvénient : une neutralité figurative qui peut paraître bien fade à l’heure des logiciels de retouche en 23-D, et un léger message induit de manque de créativité.

-    Les « fragmentés » : une variante beaucoup plus artistique des « classiques ». Je vous mets ma photo, mais avec un certain angle, et avec un zoom artistique qui peut ouvrir le champ des possibles : de la tête du facteur dans la boîte aux lettres à l’œil du voyeur dans le trou de la serrure en passant par le vol au-dessus de la calvitie. Avantage : effet souvent maximum pour moyen minimum. Inconvénient : attention au choix du zoom, de l’angle ! Le psy veille, et selon que vous montrerez un front, un œil, une bouche, un trois-quarts ou une vue aérienne, vous risquez de ne jamais connaître ce merveilleux métier qui vous tendait les bras. Sauf si vous vous appelez Ambroise Paré (père de la chirurgie moderne), Picasso ou Landru.

-    Les « avatars » : une variante des « fragmentés ». Ceux-là mettent souvent une photo « artistique » d’eux-mêmes. Pour montrer que déjà, « ils le valent bien ». Ou qu’ils sont suffisamment célèbres pour être caricaturés. Ou qu’ils maitrisent tellement bien les logiciels de pointe que le résultat bluffant doit profiter à la planète entière (bon : celle de Facebook). Avantage : on découvre souvent une autre facette (optimisée) de quelqu’un. Inconvénient : on découvre souvent une autre facette (trop optimisée) de quelqu’un…

-    Les « nostalgiques » : ceux-là veulent bien se montrer, mais de préférence au berceau ou en culotte courte (ou robe à fleurs pour les filles – l’inverse risquerait de mettre ladite profession psychiatrique en émoi voire en pamoison). Avantage : montrer de soi le bourgeon qui portait la fleur. Les abdos « tablettes de chocolat » qui cachaient la mousse. Le premier communiant en qui sommeillait l’anar’… Inconvénient : donner l’impression que vous vous cachez (voir plus haut). Et risquer qu’on ne vous reconnaisse pas, ce qui est toujours humiliant pour l’égo (« ah dis donc, tu ETAIS sacrément mignon »)…

-    Les « conceptuels » : ceux-là ne se cachent pas tout à fait, mais ont des envies de substitution animiste. Ils s’incarnent dans un animal, un lieu, un objet. A la place d’un visage, on a donc une métaphore : un paysage, un slogan, une fleur, un graphisme, une iconographie. Une abstraction. Avantage : ouvrir la porte sans se montrer. Interpeler sans parler. Inconvénient : un objet n’a pas la même symbolique, la même correspondance pour chacun de nous. Une fleur de marronnier peut être prise pour du cannabis.  Un poisson lune pour votre portrait. Un idéogramme chinois pour vos rides… Avantage : valorisant pour les virtuoses du signifiant, les princes de la sémiologie. Inconvénient : mettre sur une fausse piste. Et accentuer la déshumanisation de ces réseaux sociaux (« je suis une ancre marine gisant au fond de la mer des Caraïbes »).

-    Les « bronzés » : la grosse majorité des Facebookés. Quitte à se montrer, quitte à s’exhiber, autant être à son avantage ! Et c’est vrai qu’une photo de vous la mine reposée, pain grillé, avec ces lunettes de soleil qui vous starifient, sur fond de coucher de soleil à Malé, c’est quand même plus sympa que celle prise par votre cousin Benoit avec son smartphone 3 pixels, yeux rouges de lapin albinos, au repas de famille de Noël, juste après votre gastro ! Avantage : si tous les hommes politiques se font une jolie petite mine hâlée sur les affiches présidentielles, c’est qu’il y a bien une raison ! Inconvénient : risquer de forcer sur le teint cuivré et donner l’impression que le boulot ne sert qu’à patienter entre vos vacances d’hiver à Chamonix et vos vacances d’été à Porto-Vecchio (voir plus haut à « recruteur au regard d’acier »).

Mais au fait, me direz-vous, avec ce judicieux sens de la répartie : et vous, monsieur le blogueur, que nous avez-vous pondu de si original, sur votre profil Facebook ?! Je confesse : rien de détonant. Un petit cocktail pas trop frappé de « classique-fragmenté-bronzé-voyageur »… Vous ne pensez tout de même pas que je vais livrer mon profil aux scanners freudiens ou me griller avec les chasseurs de tête ?!