1496744_10152034298347912_247602249_n[1]

Les mythiques 24 Heures du Mans changent de logo… et c’est toute la petite planète de l’endurance qui pousse des cris d’orfraie ! Enfin bon : toute la petite planète des « likers » de la page officielle Facebook. Qui manifestement n’aiment pas ! Pouvait-on s’attendre à autre chose ?

Tout changement d’identité visuelle suscite toujours les mêmes réactions. C’était mieux avant ! Pouah, c’est moche ! Combien a pris ce type (vous savez, la création graphique est toujours l’acte isolé d’un déséquilibré mental) pour nous massacrer le superbe logo qu’il y avait avant ?! Bref : un changement de logo, c’est toujours l’ouverture des vannes pour la chasse aux sorcières graphistes, pour la logo…rrhée débridée, et souvent sans argument.

Comme it happens que j’ai été directeur de la communication des 24 Heures dans une autre vie, que j’ai pu mener à ce titre  la même entreprise pour la refonte du logo officiel de l’ACO en 2009, mon regard sur le nouveau logo de la course est d’autant plus intéressé. Comme il se trouve que c’est aussi mon métier de faire du conseil en com’, notamment corporate, et donc visuelle, je vais même me permettre de vous émettre un petit avis autorisé. Voire motorisé…

Examinons tout d’abord les chefs d’accusation.

« On n’avait pas le droit de le changer, c’était un monument ! » En l’occurrence, le précédent datait de… 1978, ce qui est tout de même un peu récent en matière de préhistoire. Et celui de 1978 – qui avait dû susciter le même tollé à son baptême – avait en outre été retouché dans les années 2000, sans que personne ne s’en émeuve…

« C’est moche ! » En l’occurrence, ce genre d’avis est 1. personnel (les goûts et les couleurs, tout ça…) ; 2. inapproprié (version soft de « stupide ») car ce que l’on demande à un logo n’est pas d’être beau mais d’être SIGNIFIANT et de respecter les valeurs qui fondent sa réussite. On vous explique ça après…

« C’est vieillot, c’est nul, on dirait le vieux logo de Carrefour ». Il est vrai que le logo Carrefour, avec le « C » dessiné en contre-forme entre les deux flèches rouge et bleue, fut le premier d’une longue série d’un procédé qui a toujours existé : ainsi fonctionnent ceux de FedEx, NBC, Tracy Shoes, la fédé australienne de yoga (et oui, on a une culture planétaire ;-) ) et Toblerone, avec son bon vieux nounours dessiné en contrepoint de l’ombre montagneuse. Mais ce procédé est toujours d’actualité pour quelques logos récents primés, comme City Direct, Next ou ZIP, pour ne citer qu’eux…

« C’est : 24 Heures, pas 24 h! » « Et : du Mans », « pas « Le Mans ! » En fait, le petit « h » permet à mon avis de jouer à la fois pour « heures » et « hours », ce que ne permettait pas l’ancien logo, qui devait se décliner en « 24 Heures » et « 24 Hours ». Idem pour « Le Mans », raccourci utilisé par les fans du monde entier, contrairement au « du Mans » ou « of Le Mans », également séparé pour la version french et anglaise.

Le joli choix du nycthémère

Bon alors, et que vaut-il ce logo ?

Il vaut d’être jaugé (plutôt que jugé) à l’aune de ce qui fait un bon logo : être unique ; porter les valeurs de l’entreprise par la suggestion que ses signes (couleurs, formes et texte) vont imprimer dans notre subconscient ; rattacher la marque à son secteur d’activité ; se différencier de ses concurrents ; être mémorisable ; être pérenne. Voilà. Rien que ça…

Au regard de ces vrais critères – là, que peut-on donc dire ?

L’apposition en contre-forme des « 2″ et « 4″ accentue l’effet jour-nuit qui est le véritable credo de ce logo. Seul petit risque pour ce procédé : certaines personnes ne perçoivent pas les contre-formes et risquent donc d’escamoter le « 4″ pour lire « 2 h ». Dans les autres logos en contre-forme, c’est souvent un élément non essentiel qui apparait en négatif. En l’occurrence, jouer le subliminal sur le « 4″ peut-être plus dangereux…

Tout, dans ce logo, joue donc sur le contraste jour-nuit, apparition-disparition de l’astre, dégradé de couleurs, et vision de 24 heures. On nage donc en plein nycthémère – toi-même ! C’est assez joli, astucieux, et le logo en couleurs inversées  amplifie cette perception du jour et de la nuit.

D’où le recours au bleu ciel profond, qui a en outre un triple avantage : celui d’être la couleur préférée de 70% des hommes, public majoritaire des sports méca. Celui d’être la couleur de la France en sport automobile : Talbot, Matra, Alpine, Peugeot, etc. Et enfin de recoller ce logo à la gamme graphique de l’ACO, le père, et du WEC, la mère.

La disparition complète du rouge pose peut-être deux petits problèmes : celui d’avoir heurté les inévitables nostalgiques, qui eussent été moins désarçonnés par la préservation, même minimale, de leur rougerie chérie ; et celui de la référence aux couleurs nationales (bleu-blanc-rouge) d’une course connue dans le monde entier. Une petite touche de rouge eut également permis d’ajouter une touche d’adrénaline très sport méca, car le bleu reste avant tout la couleur de la fraicheur, de la réflexion, du sérieux, mais aussi celle de la froideur, de la rigidité et de la peur…

Pour la forme globale enfin, les caractères des typos semblent judicieux pour dessiner des courbes, des épingles et des accélérations qui inscrivent bien le logo dans l’univers de la course. Et la courbe de l’horizon, qui vient jouer les sécantes avec les chiffres et lettre, donne du relief aux courbes, créant un effet « 3-D » qui apporte de la modernité ; et des facettes, qui apportent une sensation visuelle de diversité (le récent nouveau logo de la ville de Melbourne joue sur ce même effet de 3-D, de lignes de fuites et de lumières irisées qui illuminent un logo très structuraliste).

Dans ces arrondis des formes, on peut également voir une moitié de globe, une moitié de Pneu Dunlop et un quart de tour d’horloge qui inscrivent bien ce logo dans son univers des 24 Heures…

Voilà. Pour ce qui est des autres items d’appréciation, mémorisation et pérennité, eh bien, rendez-vous dans quelques décennies ! Ce qui est sûr, c’est que ceux qui voudront toucher à ce néo-ex-logo en 2050 verront se dresser, sur les futurs réseaux sociaux par imagerie mentale, tous les indignés d’aujourd’hui…